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Monsieur le Préfet,
Nous avons attendu le dépôt du rapport de la Commissaire-Enquêtrice, de ses conclusions, pour vous saisir
de la très grave affaire du projet d'édification de cette usine de gazéification. Vous aurez bientôt à vous prononcer
sur l'autorisation d'exploitation de cette usine, et il est déterminant que nous portions à votre connaissance des éléments
essentiels qui sont absents ou éludés au sein de ce rapport.
Notre Collectif, très inquiet du déroulement confidentiel et pressé de l'enquête publique, a constitué un groupe d'experts
formé d'ingénieurs et de différents autres spécialistes, pour mener une sorte de contre-enquête afin d'aboutir à un véritable
livre blanc sur ce projet. De ce travail, nous nous devons de vous communiquer au plus vite les points saillants de leurs conclusions
qui sont alarmantes.
Nous vous saisirons donc plus tard des aspects techniques, énergétiques, économiques, écologiques, sanitaires, urbanistiques
et environnementaux du projet, dans leurs détails et leurs interactions. Notre présente lettre se bornera donc à souligner
les traits inquiétants, dangereux, voire scandaleux, de ce projet d'implantation afin de vous convaincre de surseoir à toute
décision trop rapide de votre part.
Des risques avérés et des nuisances dangereuses.
Selon le document même distribué par EBV, sont évoqués comme risques accidentels possibles : l'explosion des silos,
la pollution du sous-sol et du fossé de drainage en cas de dispersion accidentelle, ainsi que la libération de produits toxiques.
Mais ce sont surtout les rejets atmosphériques, cités par EBV, qui font problème pour nos experts
dans la mesure où ceux-ci sont émis en un seul lieu. En quantités annuelles : 210 tonnes d'oxydes d'azote,
510 tonnes de CO (gaz mortel), 21 tonnes de composés organiques divers (de nature inconnue), 27 tonnes d'acide acétique,
6,3 tonnes d'éthyl-acroleine (extrêmement toxique), 2.1 tonnes d'acide butyrique. À cela, il faut ajouter environ
400.000 tonnes de CO2 sortant des moteurs à gaz, ce qui correspond aux gaz produits par plus de 100 moteurs de voiture tournant
à pleine vitesse 24 heures sur 24... Cette forte concentration de CO2 en un point unique pose un grave problème.
Les rejets de " composés organiques divers de nature inconnue " peuvent constituer un risque cancérigène, par simple contact ou inhalation.
Ces graves nuisances sont complétées par des poussières fines de composition inconnue rejetées
dans l'atmosphère, et par des cendres produites par le gazéificateur. Nul ne sait quoi faire de ces cendres qui contiendront
des substances chimiques actives adsorbées en surface, si ce n'est les enfouir quelque part...
Cet ensemble constitue un tableau plus qu'inquiétant pour Coustellet et les villages environnants qui risquent de connaître
une pollution aux conséquences ignorées par un rapport d'enquête complaisant, et camouflées sous une rhétorique évasive dans le
rapport du Bureau Véritas. C'est pourquoi nos experts estiment urgente une vraie étude d'impact sur les conséquences sanitaires
de ces pollutions.
Une unité expérimentale de gaspillage énergétique.
Cette usine, sensée d'après le rapport de présentation "stabiliser le réseau Sud-Est d'EDF",
ne produira au mieux que 12,5MW, soit 0,00001 de la production d'EDF ! On note donc d'emblée une distorsion choquante entre
l'ambition énergetico-politique du projet et le résultat infime obtenu : la montagne qui accouche d'une souris. De plus,
utiliser les 60.000 tonnes/an de marcs de raisins et un tonnage quasi équivalent de plaquettes de bois pour produire si peu
d'électricité revient à gaspiller environ 50% du pouvoir énergétiques de ces produits,
comparativement à leur combustion directe dans toute autre chaudière.
Outre la gabegie énergétique certaine, nos experts nous demandent d'insister sur l'aspect totalement expérimental
de cette unité, dont le fonctionnement concret n'a jamais existé, et qui par conséquent n'est en rien assurée d'atteindre ces objectifs,
pourtant bien minimalistes. Toutes les performances techniques envisagées se rapportent à une structure qui fonctionnerait à 100% de
ses capacités théoriques : qui peut croire à un tel tableau idyllique pour une unité jamais testée à cette échelle ?
Ce constat de gaspillage est renforcé par des omissions criantes ( est oublié tout stade de démarrage ou de dysfonctionnement
pour ne retenir que des paramètres de " plein régime ", non garantis par le terrain ) et par l'oubli de l'utilisation actuelle
du marc composté comme fertilisant efficace par les agriculteurs locaux. A-t-on chiffré le coût économique et écologique
du nécessaire remplacement ? Pourquoi l'enquête publique est-elle muette sur cet aspect problématique ?
Une provocation écologique et une aberration environnementale.
Coustellet, en plein coeur du Parc Régional du Luberon, est à la croisée des chemins entre de nombreux villages,
tels Oppède, Ménerbes, Cabrières et autre Gordes, qui constituent l'attrait mondial de cette région.
En plein développement, l'agglomération de Coustellet voit le nombre de ses habitants et de ses visiteurs croître chaque année,
et son marché bi-hebdomadaire en saison draine clients et touristes de toute la région. Hormis la distillerie déjà installée et inadéquate,
il s'agit d'une zone résidentielle et commerciale qui relie tous les pôles typiques et touristiques du Luberon.
Envisager d'installer au milieu de cette agglomération un projet industriel d'importance représente un véritable défi esthétique,
culturel, urbanistique et économique. Avec sa torchère et la multiplication des cheminées, cette usine deviendrait une véritable
verrue dans le paysage rural du Luberon, paysage qui constitue l'authenticité appréciée des lieux
et surtout son unique " richesse " pour toute la population : ici, tous les actifs vivent du tourisme, et abîmer leur paysage
revient à détruire leur seul capital.
C'est pourquoi ce projet industriel chimique est une véritable aberration en regard de son environnement,
et il semble inconcevable que les pouvoirs publics que vous représentez, désormais acquis aux grands équilibres écologiques
et à la protection des patrimoines, puissent autoriser une telle dérive mutilante pour toute la région et ses populations fixe ou de passage.
Un montage financier incompatible avec la morale publique.
Nos experts économistes nous révèlent l'existence d'un montage financier et d'une articulation économique qui véhiculent
tous les germes d'un futur scandale si le projet voyait le jour. Quelques explications :
L'investisseur est EDF Energies Nouvelles (EEN), société appartenant pour 50% à EDF et pour 50% à la Société Internationale
d'Investissements Financiers S.A (en abrégé SIIF), société luxembourgeoise. Plusieurs membres d'une même famille, internationalement
connue pour ses investissements profitables, occupent à la fois la Présidence de EEN et des sièges d'administrateurs de SIIF
Luxembourg qui est leur création. SIIF Energies (devenue EEN depuis 2004) publie dans ses rapports sa volonté
d' " optimisation des financements " par " la création des montages adéquats pour bénéficier pleinement des avantages
en faveur des énergies vertes accordées par chaque pays." !
Or, il apparaît clairement que la rentabilité d'EEN, et donc du projet industriel sur lequel vous devez vous prononcer, est garantie,
avant toute exploitation concrète, par les contrats d'achat d'électricité par EDF, à des prix bien supérieurs au marché, et surtout
bien plus élevés que coût moyen de l'électricité produite par EDF elle-même ! EBV écrit que ces contrats, obligeant EDF à acheter
au prix fort, sont destinés à assurer " un juste retour sur le capital investi " !
Le modèle économique de l'usine de Coustellet se révèle alors fort simple : EDF, entreprise où l'État est actionnaire majoritaire,
en garantissant des débouchés juteux par des prix imposés en aval, assure une profitabilité confortable aux actionnaires privés
luxembourgeois, émanation de la finance supranationale. On s'apprêterait ainsi à mettre en place un transfert permanent de l'argent
public vers des poches étrangères privées, au nom du développement expérimental de filières nouvelles en France.
Fort de ces révélations que vous pouvez aisément vérifier (nos experts se tiennent à votre disposition ), il devient patent
que le représentant de la République que vous êtes ne peut donner son aval à un montage qui, sans atteindre la médiatisation
de l'affaire Clearstream, contient néanmoins toute l'articulation d'une dilapidation organisée et scandaleuse de l'argent public
au profit d'intérêts que nous ne souhaitons pas qualifier.
Pour une enquête publique complémentaire
En conclusion à ce premier envoi, nous espérons en tout cas que vous demanderez l'ouverture d'une nouvelle enquête publique complémentaire,
afin d'éclaircir les faits extrêment graves que nous portons à votre connaissance. Nous ne pouvons pas douter de votre position
tant l'économie et la logique de ce projet semblent défier le bon sens, l'intérêt public et la morale. Nous nous refusons d'imaginer
que vous puissiez donner l'aval de la République à un projet générateur de risques sanitaires et accidentels, producteur de nuisances
et pollution, gaspilleur d'énergie et de deniers publics, destructeur du paysage et de l'environnement, n'apportant aucun avantage
réel à la région, avec de surcroît la finalité économique d'enrichir des astucieux financiers supranationaux.
En vous souhaitant bonne réception, nous vous prions de croire, Monsieur le Préfet, à l'expression de nos inquiétudes,
et à la garantie de nos sentiments républicains.
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